Automatiser la saisie des commandes sans changer d’ERP
Bons de commande reçus par email ou en PDF et retapés dans l’ERP : ce qu’on peut automatiser sans changer de logiciel, et ce qui doit rester à l’ADV.
Un client envoie un bon de commande en PDF. Quelqu’un à l’administration des ventes l’ouvre, cherche le client dans l’ERP, retrouve chaque article à partir de la référence du client, tape les quantités, vérifie le prix, puis envoie une confirmation. Le lendemain, même chose avec un autre client, un autre format, une autre façon d’écrire les références.
La question revient souvent : faut-il changer d’ERP pour sortir de cette ressaisie ? Dans la plupart des cas, non. L’ERP sait déjà recevoir des commandes par une autre porte que le clavier. Le travail consiste à préparer ce qui arrive par email pour le faire passer par cette porte, avec les bons contrôles, et à laisser à l’ADV ce qui demande vraiment son jugement.
D’où viennent vos commandes
Avant de parler d’automatisation, il faut regarder les canaux.
L’EDI. C’est l’échange de documents structurés entre les logiciels du client et du fournisseur, selon des standards. D’après GS1 France, la commande, l’avis d’expédition et la facture sont les messages EDI les plus utilisés sur le marché français. Quand un gros client travaille en EDI, ses commandes arrivent déjà propres. Le problème est réglé de ce côté.
Le portail client. Certains distributeurs proposent un espace de commande en ligne. Les commandes y sont saisies par le client, ce qui déplace la saisie plutôt que de la supprimer.
L’email. Tout le reste : un PDF généré par le logiciel du client, un tableur, une photo de bon papier, quelques lignes dans le corps du message. C’est souvent la majorité des commandes des petits et moyens clients : un branchement EDI demande une mise en place que beaucoup n’ont pas faite. Et l’EDI « léger » ne règle pas tout. À propos de l’EDI par formulaire web, GS1 note lui-même que la saisie y reste manuelle.
C’est sur ce troisième canal que l’automatisation a du sens.
L’ERP a déjà une porte d’entrée
Un ERP courant sait créer une commande sans passer par l’écran de saisie. Deux exemples parmi d’autres :
- Microsoft Dynamics 365 Business Central documente une interface de programmation (API) qui crée une commande de vente.
- Odoo permet d’importer des données dans n’importe quel objet à partir d’un fichier Excel ou CSV, et propose aussi une API.
Il y a des limites à vérifier avant de se lancer. La documentation d’Odoo précise par exemple que l’API externe n’est pas disponible sur certaines formules d’abonnement. D’autres ERP plus anciens n’acceptent qu’un import de fichier, ou un connecteur vendu par l’éditeur. C’est la première chose à regarder : par quelle porte votre ERP accepte-t-il une commande, et à quelles conditions ?
Si cette porte existe, il n’y a aucune raison de changer d’ERP pour automatiser la saisie.
Ce qu’on peut automatiser autour de l’ERP
Voici le circuit type, étape par étape.
- La collecte. Les commandes arrivent dans une adresse dédiée. Un premier tri sépare les vraies commandes des relances, des questions et des accusés de lecture.
- La lecture. On relève le client, le numéro de commande du client, les lignes, les quantités, la date et l’adresse de livraison. Pour un client dont les bons ont toujours la même forme, un modèle suffit. Pour des mises en page variables, un outil d’IA peut aider, à condition que tout passe ensuite par les contrôles.
- La correspondance des références. Le client écrit sa propre référence, pas votre code article. Une table de correspondance par client fait le lien, et elle se complète au fil des commandes.
- Les contrôles. Prix comparé au tarif du client, conditionnement, stock disponible, encours, commande déjà reçue. Ce dernier point compte : un client qui renvoie son bon « au cas où » ne doit pas créer deux commandes.
- La création en brouillon. La commande arrive dans l’ERP sans être confirmée, avec les écarts signalés en tête.
- La validation. Une personne de l’ADV relit, corrige si besoin, et valide. L’ERP produit ensuite la confirmation, le bon de livraison et la facture comme d’habitude.
Un exemple concret de contrôle utile : le client commande « 12 cartons de 50 » d’un article que vous vendez à l’unité. Faut-il saisir 12 ou 600 ? Un humain pressé peut se tromper dans les deux sens. Un contrôle qui compare la quantité au conditionnement de la fiche article signale le doute avant que la commande parte en préparation.
Autre point à ne pas laisser à l’ERP seul : l’encours. Dans Business Central, par exemple, le dépassement de la limite de crédit déclenche un avertissement à la saisie, mais la documentation précise qu’on peut valider malgré tout. Si la règle de l’entreprise est de bloquer, il faut l’écrire dans le circuit.
Ce qui doit rester à l’ADV
Le but : une commande préparée, que quelqu’un relit en quelques secondes quand tout est normal et examine vraiment quand quelque chose cloche.
Restent humains :
- les nouveaux clients, qui n’ont ni conditions ni correspondances enregistrées ;
- les références inconnues ou ambiguës ;
- les écarts de prix entre le bon du client et le tarif convenu ;
- les quantités inhabituelles pour ce client ;
- les dépassements d’encours ;
- les modifications et annulations de commandes déjà enregistrées ;
- et, au début, la validation de toutes les commandes, le temps de voir ce que le circuit rate.
L’ADV connaît les clients. Elle sait qu’untel commande toujours le lundi, qu’un autre écrit ses références à l’envers, qu’un troisième négocie chaque ligne. Ce savoir sert alors à traiter les exceptions, au lieu d’être noyé dans la saisie.
Pourquoi des commandes propres comptent avec la facture électronique
Les informations relevées à la commande finissent sur la facture. Et les règles de facturation se sont durcies.
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent être en capacité de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire doivent aussi les émettre depuis cette date ; les PME et les micro-entreprises le devront à partir du 1er septembre 2027. Le ministère de l’Économie le dit clairement : une facture en PDF ordinaire envoyée par email ne sera plus conforme.
La réforme ajoute aussi de nouvelles mentions obligatoires, dont le numéro SIREN du client et l’adresse de livraison quand elle diffère de celle du client. Et une mention existe déjà depuis longtemps : le numéro du bon de commande, lorsque l’acheteur en a établi un.
Conséquence pratique : un client mal identifié, une adresse de livraison approximative ou un numéro de commande perdu à la saisie poseront problème plus loin. Relever ces informations proprement dès la commande, c’est préparer des factures conformes.
Quand ça ne vaut pas le coup
Automatiser la saisie des commandes n’est pas toujours une bonne idée. Quelques cas où il vaut mieux s’abstenir, ou attendre :
- Le volume est faible. Quelques commandes par jour, saisies en quelques minutes, ne justifient pas un circuit à construire et à entretenir.
- Chaque commande est une négociation. Si les commandes arrivent en texte libre, avec des demandes spéciales à chaque fois, la plus grande partie du travail est du jugement, pas de la saisie.
- L’ERP n’a pas de porte d’entrée exploitable. Sans API ni import, il reste des solutions qui pilotent l’écran à la place d’un humain, mais elles cassent à chaque changement d’interface.
- Les données de référence sont en désordre. Clients en double, codes articles qui changent, pas de correspondance avec les références des clients : il faut d’abord remettre de l’ordre, sinon on automatise les erreurs.
- Vos gros clients sont prêts pour l’EDI. Dans ce cas, l’EDI est la meilleure réponse pour eux.
- Personne ne peut traiter les exceptions. Un circuit qui signale des écarts sans que personne les regarde ne sert à rien.
Par où commencer
Commencez par compter. Combien de commandes par semaine, de quels clients, sous quelle forme ? Combien de temps prend une commande simple, et une commande compliquée ? Ces chiffres, les vôtres, valent mieux que n’importe quelle moyenne trouvée en ligne.
Choisissez ensuite deux ou trois clients dont les commandes ont toujours la même forme et un volume régulier. Mettez en place le circuit pour eux seuls : lecture, contrôles, brouillon, validation. Regardez pendant quelques semaines ce que l’ADV corrige. Si les corrections deviennent rares, élargissez à d’autres clients. Si elles restent fréquentes, vous saurez pourquoi avant d’avoir investi davantage.
Nous avons décrit ce circuit dans un cas d’usage sur les commandes contrôlées avant l’ERP. Et si vos tarifs fournisseurs posent le même genre de problème en amont, l’article sur les contrôles à faire avant d’importer un tarif fournisseur prolonge le sujet.
Si vous voulez qu’on regarde ensemble votre flux de commandes, décrivez-le-nous. On vous dira franchement ce qui vaut la peine d’être automatisé, et ce qui ne le vaut pas.
Sources
- GS1 France, EDI : échange de données informatisé (messages les plus utilisés, limites de l’EDI par formulaire web).
- Microsoft Learn, Create salesOrders, Register new customers (avertissement de limite de crédit) et Sell products, documentation de Business Central.
- Odoo, Export and import data et External API, documentation de la version 20.0.
- Ministère de l’Économie, Tout savoir sur la facturation électronique pour les entreprises.
- Service Public Entreprendre, Tout savoir sur la facturation, page vérifiée le 7 août 2026 (calendrier, nouvelles mentions, numéro du bon de commande).
Exemples liés à cet article
Commandes clients contrôlées avant l’ERP, sans ressaisie
- Avant
- Des bons de commande PDF tapés ligne par ligne dans l’ERP.
- Après
- La commande arriverait préparée et contrôlée, l’ADV la valide.
- Bon de commande
- Contrôles
- ERP
- Confirmation
Tarifs fournisseurs Excel contrôlés avant l’import dans l’ERP
- Avant
- Chaque tarif Excel est remis en forme à la main avant l’import.
- Après
- Les hausses anormales et les erreurs seraient signalées avant l’ERP.
- Fichier Excel
- Contrôles
- Revue acheteur
- ERP